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Published online by Cambridge University Press: 07 May 2025
Mes remerciements d’abord à ceux qui ont préparé ce numéro d’hommage à Monsieur J. Pinatel d’avoir bien voulu me demander d’y participer. J’y ai répondu volontiers pour différentes raisons. La première, c’est parce que j’avais ainsi la possibilité de reconnaître la dette que j’ai à son égard. Jeune assistant d’Etienne De Greeff à l’école de criminologie de l’Université de Louvain, Monsieur Pinatel m’a fait découvrir la criminologie dans la manière dont elle se constituait à la société internationale de criminologie (dont il était à l’époque le secrétaire général), c’est-à- dire, dans un milieu particulièrement stimulant. En plus, comme il témoignait d’une grande sympathie pour celui qui était mon patron, je me trouvais inscrit dans un courant de criminologie clinique auquel il était particulièrement attentif. Je me rappellerai la contribution qu’il apporta aux journées de travail que nous avions organisées à Louvain en 1956 à l’occasion des 25 années de professorat d’Etienne De Greeff et où il présenta une analyse de son œuvre criminologique intitulée L’apport d’Etienne De Greeff dans l’étude de la personnalité criminelle (1). C’était une des premières, si pas la première analyse pertinente des différents processus à partir desquels pouvait se comprendre, selon De Greeff, un comportement délinquant. Seulement, occuper cette position n’est pas sans danger. Il y avait, d’une part, la volonté qu’avait à très juste titre M. Pinatel de faire de la criminologie une science proprement distincte des autres par son objet et par la manière de répondre au défi que constituait la délinquance. Et d’autre part, il y avait, en ce qui me concerne, une difficulté particulière de lier la clinique à ce seul objectif et à ne pas voir le comportement délin quant comme un comportement parmi les autres, c’est-àdire, mettant en cause des explications plus larges que celles qui se référaient uniquement au comportement délinquant. Et c’est là ma deuxième raison : si une distance s’est établie, - et a provoqué chez M. Pinatel une certaine déception - celle-ci reste nettement localisée. Ne s’agit-il que d’une question de mot, celui de «personnalité criminelle»? Probalement oui, mais il faut reconnaître que les questions de mots sont souvent essentielles, car c’est à partir d’eux que les choix et les diverses prises de position s’effectuent.
(1) Autour de l’œuvre du Dr E. De Greeff, T. 1, L’homme criminel, 1958, Louvain, Paris, Edit. Nauwelaerts, pp. 11-33.
(2) Pinatel, J., «Criminologie et droit Pénal», Revue de science criminelle et de droit pénal comparé, 1953, VIII, n° 4, pp. 195-608.
(3) Nouvelles approches de criminologie clinique, sous la direction de Reynald Ottenhof et Anne-Marie Favard, 1991, Toulouse, Ed. Eres.
(4) Nous nous référons particulièrement à l’article déjà cité, paru en 1953.
(5) Le terme de traitement doit être entendu ici, nous semble-t-il, dans son sens général : manière de traiter quelqu’un.
(6) «Traité de droit pénal et de criminologie», t. 3, Criminologie, 1963, Paris, Dalloz.
(7) Annales internationales de criminologie, 1963, 2e trimestre, p. 551.
(8) Recherche active et prévention sociale : l’expérience du Centre de Buzenval, Travaux du colloque organisé par la Société internationale de criminologie, Unesco, juin 1967 ainsi que deux articles résumant cette expérience dans Annales internationales de criminologie, 1967, n° 2, pp. 517-556.
(9) Voy. A.M. Favard, Jean Pinatel et la sauvegarde de l’enfance du pays basque ou pratique, recherche et théorie, dans La criminologie, bilan et perspectives, Mélanges offerts à Jean Pinatel, Paris, Pedone 1980.
(10) On pourrait également rappeler que M. Pinatel a écrit La société criminogène qui recouvre des réalités de ce genre. Mais si je m’en souviens, l’axe central de l’ouvrage consistait à mettre en lumière le fait qu’une telle société (la société actuelle) fabriquait des personnalités criminelles. L’accent était mis sur le résultat, et non sur le processus. Ce serait donc à discuter.
(11) Etudes de criminologie urbaine, dans Nouvelles approches de criminologie clinique, 1991, Toulouse, édit. Eres, pp. 85-161.
(12) M. Canepa, dans son intervention, élargit la question et affirme que «la personnalité criminelle est modifiable et plastique étant donné qu’elle peut se modifier sous l’infuence des facteurs culturels et sociaux qui deviennent criminogènes dans la mesure où chaque sujet va les accepter au plus profond de sa psychologie individuelle au point de modifier l’image de soi» (p. 254).
(13) Le rôle du psychiatre dans les tribunaux américains, dans Autour de l’œuvre du Dr. De Greeff, T. 1., L’homme criminel, p. 238.