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Janice Carruthers, Mairi McLaughlin & Olivia Walsh (eds), Historical and Sociolinguistic Approaches to French. Oxford: Oxford University Press, 2024, 480 pp., ISBN 978 0192894366.

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Janice Carruthers, Mairi McLaughlin & Olivia Walsh (eds), Historical and Sociolinguistic Approaches to French. Oxford: Oxford University Press, 2024, 480 pp., ISBN 978 0192894366.

Published online by Cambridge University Press:  29 May 2025

Gudrun Ledegen*
Affiliation:
Département de Communication, Université Rennes 2, Place du Recteur H. Le Moal, 35043 Rennes, France
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Abstract

Information

Type
Book Review
Copyright
© The Author(s), 2025. Published by Cambridge University Press

Rédigé en anglais et réunissant les études sur la langue française, provenant des mondes anglophones et francophones, l’ouvrage réunit une somme de recherches récentes en sociolinguistique (section 1.2.2.) et en (socio-)linguistique diachronique (section 1.2.3.), domaines de recherche particulièrement dynamiques de la recherche actuelle. Les recherches réunies combinent approches quantitatives et qualitatives, prenant appui sur des corpus diachroniques et synchroniques, mais aussi historiques et contemporains : cette triangulation entre corpora, de plus en plus variés en nombre, type et langues (ici de façon très originale les situations plurilingues) vient ainsi renouveler les analyses en profondeur.

L’ouvrage ouvre sur une préface-dédicace à Wendy Ayres-Bennett, dont l’immense contribution à l’analyse diachronique sociolinguistique du français infuse tous les travaux réunis ici. Vient ensuite un chapitre introductif de Janice Carruthers, Mairi McLaughlin et Olivia Walsh, les directrices de l’ouvrage, qui constitue une présentation exemplaire de l’évolution de la sociolinguistique et la (socio-)linguistique historique, où les auteures cernent finement les particularités des recherches menées par la sociolinguistique historique.

Les premiers écrits éclairent des domaines linguistiques particuliers : Thomas Rainsford compare ainsi la proclise et l’enclise entre l’occitan et une variété italo-romane, en prenant appui sur un corpus d’ancien gallo-roman récent annoté, qui permet d’unifier le traitement de l’ancien français et de l’ancien occitan. Sophie Marnette réalise un véritable article-programme sur le discours cité, par une triangulation innovative entre corpora, afin d’exposer la variation entre les stratégies discursives dans le discours cité (suivant le médium, le genre discursif, le statut des locuteurs), d’une part, et les caractéristiques linguistiques dudit discours (par contraste avec la voix narrative), d’autre part. Sophie Prévost étudie l’évolution de la syntaxe du sujet en français sur une étendue de six siècles, avec une attention aux 12e-17e, et établit un constat important et novateur : les facteurs internes et externes concernés pendant la phase de variation cessent d’avoir une influence une fois une nouvelle variante devient dominante. Enfin, Bernard Combettes étudie l’évolution de la distinction entre le premier plan et l’arrière-plan dans les textes narratifs, du moyen français au français pré-classique.

Les quatre études suivantes éclairent des contextes sociolinguistiques historiques au 18e siècle, qui sont encore peu explorés, c-à-d la place des femmes dans les discours métalinguistiques, un important domaine d’investigation de Wendy Ayres-Bennett, ou le français hors de France dans des contextes plurilingues : Mairi McLaughlin analyse la présence des femmes au sein du Journal de la langue françoise (Domergue 1784–95), un véritable espace public de discours métalinguistiques, ouvert aux femmes. Helena Sanson révèle une histoire culturelle, intellectuelle et historique des femmes en Italie, où la connaissance du français représentait pour elles un accès à un véritable développement intellectuel (et non une quelconque vanité ou une corruption linguistique). Jenelle Thomas présente une étude nouvelle portant sur la correspondance officielle, exemple de distance communicative, provenant de la Louisiane, contexte d’occupation coloniale espagnole, donc plurilingue. Nicola McLelland étudie aussi des textes métalinguistiques moins fréquemment étudiés, c-à-d des dictionnaires bilingues, pour les langues françaises, anglaises et allemandes, en y analysant les attitudes et idéologies linguistiques.

Les variétés dialectales ou régionales sont le sujet des trois chapitres suivants : Douglas A. Kibbee étudie, en combinant, de façon innovative, une approche synchronique et diachronique, les glossonymes utilisés depuis le Moyen-Âge pour désigner les variétés de gallo-roman, et les relie fort pertinemment avec l’évolution du pouvoir politique. John N. Green et Marie-Anne Hintze examinent l’élision dans un corpus de français standard parlé dans le nord, en revisitant, sur un plan théorique important, ce phénomène qui s’avère non plus strictement phonologique, mais aussi fortement motivé par des facteurs divers (linguistiques, discursifs, individuels). Enfin, le nivellement dialectal de la Côte d’Or est finement nuancé par Rosalind A. M. Temple qui compare des données des 20e et 21e siècles, par l’examen de la vitalité du dialecte et de la variété régionale du français, à l’aune des classifications de la recherche.

Les sept derniers chapitres sont consacrés aux attitudes linguistiques et à l’idéologie du standard, dans des textes métalinguistiques que sont les rubriques du langage, un des sujets de prédilection de Wendy Ayres-Bennett, ici étudiées par le métalangage utilisé au 20e siècle (Olivia Walsh), les discours d’experts du 19e et du 21e siècles, ici comparés de façon novatrice via les conseils prescriptifs chez Vaugelas et sur un site-web (Emma Humphries), et les discours devant l’écriture inclusive en France sur Twittter (avec des données individuelles et officielles) analysés par Anna Tristram. Les emprunts forment un autre domaine d’investigation des attitudes et idéologies linguistiques : Merryn Davies-Deacon s’intéresse au corpus planning de la langue bretonne, où les attitudes puristes devant les néologismes et les emprunts au français révèlent une intéressante évolution. Philippe Caron traite des relations difficiles de la France avec les langues étrangères, à travers la tension entre le traitement des emprunts anglais par une politique linguistique franco-centrée (depuis les années 80) d’une part, et les attitudes sociolinguistiques des élèves devant l’objectif d’apprentissage des mêmes langues de l’autre. Enfin, le dernier chapitre vient clore d’une façon englobante ce volet sur les attitudes et politiques linguistiques, par une très éclairante comparaison entre la France et l’Irlande, par Janice Carruthers et Mícheál B. Ó Mainnín : histoires parallèles, synchronies opposées en pratique et vitalité, mais, au niveau théorique de la revitalisation linguistique, de multiples défis communs.

Accompagné d’outils de consultation très précis et précieux (table des figures et des tableaux, liste d’abréviations, table des matières très détaillée, index de notions (243 entrées) et d’auteurs (réunissant 107 références)), l’ouvrage offre par ailleurs une très imposante bibliographie de 1246 références, constituant ainsi un véritable trésor des connaissances actuelles. L’ouvrage s’adresse à des chercheurs et étudiants spécialisés, qui trouveront un état actuel de ces trois domaines de la linguistique française, mais aussi les nouvelles et fort prometteuses directions qu’ils prennent.